De Miguel A. Altieri et Walter A. Pengue* traduction Odile Bouchet
Ecoportal.net
La Fogata
Pour la neuvième année consécutive, l'industrie biotechnologique et
ses alliés se félicitent de l'expansion continue des cultures
transgéniques, qui est arrivée à un taux de 20%, dépassant même celui
de 15% en 2003. On a estimé en 2004 la surface globale de cultures
libérées commercialement à 81 millions d'hectares, ce qui est
considéré comme un triomphe puisqu'elles ont atteint 22 pays, où ce
qui est mis en avant est que les cultures transgéniques ont satisfait
les expectatives de grands et petits agriculteurs, tant en pays
industrialisés qu'en pays en voie de développement. On vante aussi que
les cultures transgéniques ont apporté des bénéfices aux consommateurs
et à la société dans son ensemble, en offrant des repas mieux
élaborés, des aliments et des fibres qui ont besoin de moins d'engrais
chimiques donc qui donnent un environnement plus durable (James 2004).
Il est difficile d'imaginer de quelle façon cette expansion de
l'industrie bio-technologique vient résoudre les problèmes des petits
agriculteurs et des consommateurs, alors que 60% de la surface globale
cultivée de plantes transgéniques (48,4 millions d'hectares) est
consacré au soja qui résiste aux herbicides (sojas Roundup Ready),
culture semée en majorité par des agriculteurs à grande échelle pour
l'exportation (et pas pour la consommation locale), et qui d'autre
part, est utilisé dans les pays importateurs pour l'alimentation
animale et la production de viande que consomment principalement les
secteurs les plus favorisés et les mieux alimentés de ces pays.. En
Amérique Latine, les pays producteurs de soja (transgénique et
conventionnel) sont l'Argentine, la Brésil, la Bolivie, le Paraguay et
l'Uruguay.
Cette expansion du soja est accélérée par les bons prix
internationaux, l'appui des gouvernements et du secteur
agro-industriel, et la demande des nations importatrices, en
particulier la Chine, devenue aujourd'hui le plus gros importateur de
soja et de ses dérivés, un marché qui pousse à la prolifération rapide
de la production de cette oléagineuse. L'expansion du complexe de soja
est accompagnée d'une importante augmentation de la logistique et du
transport, ainsi que de grands projets d'infrastructures qui
impliquent une chaîne d'évènements destructeurs des habitats naturels
sur de grandes étendues, en plus de la déboisement directement causé
par l'expansion des terres cultivées de soja. Au Brésil, les bénéfices
du soja ont justifié la réparation, l'amélioration et la construction
de huit voies navigables, trois lignes de chemin de fer et un vaste
réseau routier qui permettent d'apporter les intrants agricoles et de
remporter la production agricole.
Le processus a attiré d'autres investissements privés pour le
reboisement, les mines, l'élevage extensif et d'autres pratiques, avec
des impacts sévères sur la biodiversité, pas encore envisagés dans des
études d'impact environnemental (Fearnside 2001). En Argentine, le
secteur agro-industriel de transformation de soja en huiles et
tourteaux est concentré dans la région de Rosario - Santa Fe sur le
fleuve Parana, la plus grande extension de transformation de soja de
la planète, avec toute l'infrastructure associée et les impacts
environnementaux que cela implique. Pour les prochaines années, le
secteur agricole argentin, s'est donné l'objectif d'atteindre les 100
millions de tonnes de grain, ce qui impliquera une augmentation de
l'extension des cultures de soja à 17 millions d'hectares.
Expansion du soja et déboisement
La superficie de terre consacrée à la production de soja a grandi à un
taux annuel de 3,2% et le soja occupe actuellement une plus grande
surface que n'importe quelle autre culture au Brésil, avec 21% de la
surface totale de terre cultivée. Depuis 1995 la surface cultivée a
augmenté de 2,3 millions d'hectares, avec une moyenne de 320 000
hectares par an. Depuis 1961, l'augmentation en surface s'est
multipliée par 57 et le volume produit par 138. Le soja paraguayen a
été semé sur plus de 25% de la totalité des terres agricoles et en
Argentine, la moyenne de terre semée a atteint en 2005 les quinze
millions d'hectares avec une production de 38,3 millions de tonnes.
Cette expansion se produit de façon drastique, ce qui affecte
directement les forêts et d'autres habitats importants. Au Paraguay,
une partie de la forêt des rives du Parana est en train d'être rasée
(Jasón 2004). En Argentine, 118.000 hectares ont été défrichées en 4
ans (1998-2002) pour la production de soja dans le Chaco, 160 000 à
Salta et le record de 223 000 à Santiago del Estero.
Le processus d'importation du modèle industriel de l'agriculture de la
Pampa dans d'autres régions « qui ne sont pas la Pampa » comme le
Chaco, est le premier pas sur un chemin d'expansion qui met en danger
la stabilité sociale et écologique de cette éco-région si fragile
(Pengue 2005).
Au nord-ouest de la province de Salta en 2002/2003, 51% du soja semé
(157 000 hectares) l'était sur des terres qui en 1988/89 étaient
encore des aires naturelles (Paruelo, Guerscham et Verón 2005). Au
Brésil, les Cerrados et les savanes succombent sous les labours qui
avancent à pas de géant.
Soja, expulsion de petits agriculteurs et perte de sécurité alimentaire
Les promoteurs de l'industrie bio-technologique citent toujours
l'expansion de la superficie semée de soja comme moyen de mesurer le
succès de l'adoption technologique de la part des agriculteurs. Mais
ces informations cachent le fait que l'expansion du soja pousse à
l'extrême la demande de terres et la concentration des bénéfices en
peu de mains. Au Brésil, le modèle du soja déplace onze ouvriers
agricoles par ouvrier qui trouve un emploi dans ce secteur. Le fait
n'est pas nouveau puisque déjà depuis les années 70, 2,5 millions de
personnes ont été déplacées pour la production de soja dans l'Etat du
Parana et 300 000 dans celui de Rio Grande do Sul. Beaucoup de ces
Sans Terre ont émigré vers l'Amazonie où ils ont déboisé des zones de
jungle tropicale sous la pression de forces structurelles et de
l'environnement. D'un autre côté, dans les Cerrados, où le soja
transgénique continue de s'étendre, l'indice de déplacement est plus
bas parce que la superficie n'était pas peuplée auparavant (Donald
2004).
En Argentine, la situation est assez dramatique puisque, alors que la
superficie semée de soja a triplé, presque 60.000 entreprises
agricoles ont disparu, rien que dans les Pampas. En 1988, il y avait
dans toute l'Argentine 422 000 entreprises qui se sont réduites à 318
000 en 2002 (24,5%). En dix ans la zone de production du soja a
augmenté de 126%, aux dépens de terres consacrées aux vaches
laitières, au maïs, au blé, aux vergers et au maraîchage.
Pendant la saison 2003-2004, 1 milliard 37 millions d'hectares ont été
semées aux dépens de 2,9 millions d'hectares de maïs et 2,15 millions
d'hectares de tournesol (Pengue2005). Bien que l'industrie
biotechnologique vante les grandes augmentations de la surface
cultivée de soja et la plus que duplication des rendements à
l'hectare, les considérant comme un succès économique et agronomique,
pour le pays des augmentations de cette sorte veulent dire plus
d'importation de produits de base, en plus de la perte de la
souveraineté alimentaire, et pour les petites exploitations familiales
ou pour les consommateurs, la montée des prix des aliments et de la
faim (Jordan 2001). L'expansion du soja en Amérique Latine est aussi
liée à la bio-piraterie et au pouvoir des multinationales. La façon
dont on a semé des millions d'hectares de soja transgénique de 2002 à
2004 au Brésil (alors qu'il existait un moratoire s'y opposant), fait
que nous nous posons des questions sur les manipulations opérées par
les corporations sur les instances d'interdiction, pour qu'elles aient
atteint un tel niveau d'expansion de leurs produits dans les pays en
voie de développement.
Dans les premières années de la libération commerciale du soja
transgénique en Argentine, la compagnie Monsanto ne percevait pas de
droits sur sa technologie aux agriculteurs pour qu'ils utilisent la
technologie transgénique pour leurs semences. Aujourd'hui, où le soja
transgénique et le glyphosate sont installés comme intrants
stratégiques pour le pays, les agriculteurs sont pris dans la nasse,
puisque la multinationale fait pression sur le gouvernement, réclamant
le paiement des droits sur sa propriété intellectuelle. Ceci malgré le
fait que l'Argentine est signataire de la convention UPOV 78 qui
permet aux agriculteurs de garder la semence pour leur usage personnel
à la saison suivante. D'autre part, les agriculteurs paraguayens ont
négocié un accord avec Monsanto par lequel ils paieront 2US$ la tonne
à la multinationale. La tendance au contrôle des semences utilisées
par les agriculteurs croît, malgré le fait que les compagnies avaient
promis au début des années 90, moment de l'expansion initiale des
cultures transgéniques, qu'elles ne percevraient pas de droits de
patente des agriculteurs.
La culture du soja et la dégradation des sols
La culture du soja tend à éroder les sols, en particulier là où il ne
fait pas partie de rotations étalées. La perte des sols atteint les 16
tonnes/hectare dans le Middle West étasunien, taux qui pourrait être
revu à la hausse entre 19 et 30 tonnes/ha au Brésil ou en Argentine,
en fonction de la façon d'opérer, de la déclivité du sol et du
climat. Le semis direct peut réduire la perte des sols, mais avec
l'arrivée de sojas résistants aux herbicides, beaucoup d'agriculteurs
ont étendu les cultures à des zones marginales hautement érosives ou
semées d'année en année sans relâche, ce qui forme la monoculture. Les
agriculteurs ont la croyance erronée qu'avec le semis direct il n'y
aurait pas d'érosion, mais les résultats des recherches démontrent que
malgré l'augmentation de couverture du sol, l'érosion et les
changements néfastes qui affectent la structure des sols peuvent être
cependant substantiels en terres hautement érosives si la couverture
des sols par le chaume est peu importante. Le soja laisse relativement
peu de chaume qui ne peut couvrir le sol de façon adéquate s'il n'y a
pas de rotation entre céréales et oléagineux. La monoculture du soja à
grande échelle a rendu stériles les sols amazoniens. Dans des lieux à
sols pauvres, après seulement deux ans d'agriculture, il faut
appliquer intensément des fertilisants et des calcaires. En Bolivie,
la production de soja s'étend vers l'est, et bien des zones de
production sont déjà rendues compactes ou montrent de sévères
problèmes de dégradation des sols. 100 000 hectares de sols épuisés
par le soja ont été laissés au bétail, ce qui dans de telles
circonstances est également hautement dégradant. A mesure qu'ils
abandonnent les sols, les agriculteurs cherchent de nouvelles régions
où replanter du soja, reproduisant ainsi le cercle vicieux de la
dégradation.
En Argentine, l'intensification de la production de soja a entraîné
une chute importante des contenus nutritifs des sols. La production
continue de soja a facilité l'extraction, seulement en 2003, de
presque un million de tonnes de nitrogène et environ 227 000 de
phosphore. Rien que pour remettre à niveau ces deux nutriments avec
des fertilisants commerciaux, il faudrait à peu près 910 millions de
dollars (Pengue 2005). Les augmentations de N et P dans plusieurs
régions riveraines du Rio de la Plata se trouvent certainement liées à
la production croissante de soja dans les bassins de plusieurs grands
fleuves sud-américains. Un facteur technique important dans
l'expansion du soja au Brésil a été le développement de combinaisons
soja-bactérie avec des caractéristiques symbiotiques connues qui
permettaient la production sans fertilisants. Cet avantage productif
du soja brésilien peut disparaître rapidement si l'on croit les
rapports sur les effets directs de l'herbicide glyphosate sur la
fixation bactérienne du nitrogène (Rhyzobium), qui pourrait rendre le
soja dépendant de la fertilisation en nitrogène minéral. De même, la
pratique actuelle de transformer les pâturages en champs de soja
réduit économiquement l'importance du Rhyzobium obligeant à avoir de
nouveau recours au nitrogène synthétique.
Monoculture du soja et vulnérabilité écologique
La recherche écologique suggère que la réduction de la diversité des
paysages qui découle des monocultures aux dépens de la végétation
naturelle a conduit à des altérations dans l'équilibre des insectes,
parasites et maladies. Dans ces paysages, pauvres en espèces et
génétiquement homogènes, les insectes et pathogènes trouvent les
conditions idéales pour se développer sans contrôle naturel (Altieri
et Nicholls 2004). Le résultat en est une augmentation de l'usage des
produits chimiques agricoles, lesquels bien sûr cessent d'être
efficaces au bout d'un certain temps, à cause de l'apparition de
résistance ou de bouleversements écologiques typiques de l'application
des pesticides. De plus, les produits chimiques agricoles aggravent
les problèmes de pollution des sols et des eaux, d'élimination de la
biodiversité et d'empoisonnement humain. En Amazonie brésilienne, les
conditions de forte humidité et de températures chaudes mènent à des
développements de populations fongiques et à leurs attaques, ce qui
entraîne une surconsommation de fongicides. Dans les régions
brésiliennes consacrées à la production de soja, les cas de cancre
(Diaporthe phaseolorum) et du syndrome de la mort subite (Fusarium
solani) ont augmenté. La rouille asiatique du soja (Phakopsora
pachyrhizi) est une maladie nouvelle dont les effets augmentent en
Amérique du Sud, décuplés par les conditions environnementales
favorables (par exemple l'humidité) ajoutées à l'uniformité génétique
des cultures en monoculture. Une fois de plus, la rouille exige
l'application supplémentaire des fongicides.
Depuis 1992, plus de deux millions d'hectares ont été affectées par le
nématode du kyste du soja (Heterodera glycines). Beaucoup de ces
maladies peuvent être mis en relation avec l'uniformité génétique et
l'augmentation de la vulnérabilité de la monoculture du soja, mais
aussi avec les effets directs de l'herbicide glyphosate sur l'écologie
du sol, par la dépression des populations mycorhitiques et
l'élimination des antagonistes qui entretiennent le contrôle de biens
des pathogènes du sol (Altieri2004). 25% de la totalité des produits
chimiques agricoles consommés au Brésil sont appliqués au soja qui a
reçu en 2002 environ 50 000 tonnes de pesticides. Alors que l'aire
cultivée de soja s'étend rapidement, se répandent aussi les produits
chimiques agricoles dont la consommation croît au taux annuel de
22%. Alors que les promoteurs de la biotechnologie argumentent qu'une
seule application d'herbicide suffit pendant la période de culture, on
commence à voir par ailleurs des études qui démontrent qu'avec les
sojas transgéniques, le volume tout comme la quantité d'applications
de glyphosate augmentent. Aux USA la consommation de glyphosate est
passée de 6,3 millions de livres en 1995 à 41,8 millions en 2000 (1
livre équivaut à 0,4536 kg), et ce produit est appliqué actuellement
sur 62% des terres destinées à la production de soja. Pendant la
saison 2004/5 en Argentine, les applications avec glyphosate ont
atteint 160 millions de litres du produit commercial. Une augmentation
encore plus forte de l'usage de cet herbicide est attendue, à mesure
que les mauvaises herbes deviendront tolérantes au produit. Les
rendements de soja transgénique dans la région vont de 2,3 à 2,6
tonnes/ha, environ 6% de moins que dans certaines variétés
conventionnelles, rendement bien plus bas dans des conditions de
sécheresse. A cause des effets pléiotropiques (par exemple les tiges
se brisent par stress hydrique), les sojas transgéniques subissent des
pertes supérieures de 25% à celles du soja conventionnel. A Rio Grande
Do Sul, durant la sécheresse de 2004/5 la perte de la récolte de soja
transgénique a été de 72%, et on estime la baisse de l'exportation à
95%, avec des conséquences économiques sévères. Environ un tiers des
agriculteurs se sont retrouvés endettés et ne peuvent faire face à
leurs obligations vis à vis du gouvernement et des entreprises.
Autres considérations écologiques
Avec la création de cultures transgéniques tolérantes à leurs propres
herbicides, les compagnies biotechnologiques peuvent étendre leurs
marchés pour leurs propres produits chimiques agricoles patentés. En
1995, les analystes donnaient une valeur de marché pour les cultures
tolérantes à des herbicides de 75 millions de dollars, qui ont monté à
805 millions de dollars en 2000 (610% d'augmentation). Globalement en
2002, les sojas résistants au glyphosate occupent 36 500 000 hectares,
ce qui en fait la culture transgénique numéro 1 en termes de surface
semée (James 2004). Le glyphosate est meilleur marché que les autres
herbicides, et malgré la réduction générale de l'usage de ceux-ci, les
résultats obtenus indiquent que les compagnies vendent plus
d'herbicides (en particulier le glyphosate) qu'avant. L'utilisation
récurrente d'herbicides (glyphosate appelé Roundup Ready, marque
commerciale de Monsanto) pour les cultures qui y sont tolérantes
peuvent entraîner des conséquences écologiques graves.
On est bien documenté sur le fait qu'un seul herbicide appliqué sur la
même culture de façon répétée peut fortement augmenter les
possibilités d'apparition de mauvaises herbes résistantes. On a des
rapports sur 216 cas de résistances de plusieurs mauvaises herbes à
une ou plusieurs familles chimiques d'herbicides (Rissler et Mellon
1996). A mesure qu'augmente la pression de l'industrie agricole pour
augmenter les ventes d'herbicides et qu'on agrandit la surface traitée
aux herbicides à large spectre, les problèmes de résistance
s'exacerbent. Alors que s'étend la surface traitée au glyphosate,
l'augmentation de l'usage de ce pesticide peut provoquer, même
lentement, l'apparition de mauvaises herbes résistantes. La situation
est déjà vérifiée sur des populations australiennes de rye grass
annuelle (Lolium multiflorum), Agropyrum repens, lotus à large feuille
ou une variété de trèfle (Lotus corniculatus), Cirsium arvense et
Eleusine indica (Altieri 2004). Dans les pampas argentines, 8 espèces
de mauvaises herbes dont deux espèces de verveine et d'ipomée
présentent une résistance au glyphosate (Pengue 2005).
La résistance aux herbicides devient un problème de plus en plus
complexe à mesure qu'on réduit la quantité de moyens d'actions
auxquels sont exposées les mauvaises herbes, tendance que les sojas
transgéniques accentuent sous la pression du marché. De fait,
certaines espèces de mauvaises herbes peuvent tolérer ou « éviter »
certains herbicides, comme cela s'est produit par exemple en Iowa où
des populations d'Amarathus rudis ont présenté un retard dans leur
germination « échappant » ainsi aux applications planifiées de
glyphosate. La culture transgénique elle-même peut aussi assumer le
rôle de mauvaise herbe dans la culture suivante. Par exemple au
Canada, avec des populations spontanées de colza résistante à trois
herbicides (glyphosate, imidazolinone et glypohosinate) on a détecté
un processus de résistance « multiple », obligeant à présent les
agriculteurs à avoir de nouveau recours au 2,4D pour la
contrôler. Dans le nord-est argentin, on ne peut pas contrôler les
mauvaises herbes de façon satisfaisante, ce qui fait que les
agriculteurs ont de nouveau recours à d'autres herbicides mis au rebut
à cause de leur toxicité plus grande, de leur coût plus élevé et de
leur manipulation plus difficile.
Les compagnies biotechnologiques argumentent que quand les herbicides
sont appliqués correctement ils n'ont d'effet néfaste ni sur les
hommes ni sur l'environnement. Les cultures transgéniques à grande
échelle favorisent l'application d'herbicides et beaucoup de leurs
résidus accumulés affectent les micro-organismes tels que les
champignons mycorhitiques ou la faune du sol. Mais les compagnies
soutiennent que le glyphosate se dégrade vite dans le sol et ne
s'accumule pas dans les aliments, l'eau ou le sol lui-même.
On a des rapports sur la toxicité du glyphosate pour certains
organismes du sol -soit des contrôleurs bénéfiques tels que les
araignées, acariens, coléoptères, ou mangeurs de détritus, vers et
certaines espèces de la micro-faune. Il existe des rapports sur le
fait que le glyphosate affecte aussi certains êtres aquatiques tels
que les poissons et qu'il agit même comme disruptif endocrinien sur
les amphibiens. Le glyphosate est un herbicide systémique (il se
déplace dans les phloèmes) qui est conduit à toutes les parties de la
plante, même celles que l'on récolte. C'est préoccupant car on ignore
exactement combien de glyphosate est présent dans les grains de maïs
et de soja transgénique, puisque les tests conventionnels ne
l'incluent pas dans leurs analyses de résidus des agrochimiques. Le
fait est que l'on sait que cet herbicide et d'autres s'accumulent dans
les fruits et d'autres organes, puisqu'ils subissent une faible
métabolisation dans la plante, ce qui entraîne une question pertinente
à propos de la non toxicité des aliments traités, en particulier à
présent où plus de 37 millions de livres de l'herbicide sont utilisées
dans les seuls Etats-Unis (Rissler et Mellon 1996). Même en cas
d'absence d'effets immédiats, un carcinogène potentiel peut mettre
jusqu'à quarante ans pour agir sur une quantité suffisante de gens
pour être détecté comme l'origine de la maladie.
D'autre part, les recherches ont montré que le glyphosate semble agir
de façon similaire aux antibiotiques dans l'altération de la biologie
du sol, par un chemin inconnu, et qu'il produit des effets tels que :
- Réduire de la capacité des sojas et trèfles à fixer les nitrogènes.
- Rendre les plantes tels que les haricots plus vulnérables aux maladies.
- Réduire le développement les champignons mycorhitiques qui sont la porte d'accès à l'extraction du phosphore du sol.
Dans des évaluations sur les effets des cultures résistantes aux
herbicides récemment réalisées au Royaume Uni, les chercheurs ont
démontré que la réduction de la biomasse en mauvaises herbes,
floraison et graines, dans et autour des champs de betterave et de
colza résistantes aux herbicides a entraîné des changements dans la
disponibilité de ressources alimentaires pour les insectes, avec des
effets secondaires provoquant la réduction substantielle de punaises,
lépidoptères et coléoptères. Les informations rendent également compte
d'une réduction des coléoptères prédateurs qui s'alimentent de graines
de mauvaises herbes dans les champs transgéniques. Il est démontré que
l'abondance d'invertébrés qui sont une source d'alimentation pour les
mammifères, oiseaux et autres invertébrés est moindre dans les champs
de betterave et de colza transgénique. L'absence de mauvaises herbes
en floraison dans les champs transgéniques peut avoir de graves
conséquences sur les insectes bénéfiques (prédateurs de nuages
d'insectes et parasitoïdes) qui ont besoin de pollen et de nectar pour
survivre dans l'agro-système. La réduction des ennemis naturels
conduit inévitablement à aggraver les problèmes de fléaux d'insectes.
Conclusions
L'expansion du soja en Amérique Latine représente une menace récente
et puissante sur la biodiversité au Brésil, en Argentine, au Paraguay,
en Bolivie et en Uruguay. Le soja transgénique porte bien plus
préjudice à l'environnement que d'autres cultures, car en plus des
effets directs dérivés des méthodes de production, et principalement
de l'usage copieux d'herbicides et de la contamination génétique, sa
culture impose des projets d'infrastructure et de transport énormes
(voies navigables, autoroutes, voies ferrées et ports) qui ont un
impact sur les écosystèmes et facilitent l'ouverture d'énormes
extensions de territoires à des pratiques économiques dégradantes et à
des activités de type extractif.
La production de sojas résistants aux herbicides entraîne aussi des
problèmes environnementaux tels que la déboisement, la dégradation des
sols, la pollution, la concentration sévère de terres et de revenus,
l'expulsion de la population rurale sur les frontières amazoniennes
par exemple ou vers des zones urbaines, augmentant ainsi la
concentration des pauvres dans les villes.
L'expansion du soja dévie aussi des fonds publics qui auraient pu être
destinés à l'éducation, la santé et la recherche de méthodes
agro-écologiques alternatives de production. Parmi les impacts
multiples de l'expansion du soja, on remarque la réduction de la
sécurité alimentaire des pays-objectifs, puisqu'on utilise des terres
qui servaient avant à la production laitière, céréalière et aux
vergers, et qui à présent sont consacrées au soja d'exportation.
Tant que ces pays continueront à suivre des modèles néo-libéraux de
développement et à répondre aux signaux des marchés extérieurs (en
particulier la Chine) et à l'économie mondialisée, la prolifération
rapide du soja continuera de croître et bien sûr, les impacts
écologiques et sociaux qui y sont liés le feront aussi.
Références
- Altieri, M.A., 2004 Genetic engineering in agriculture: the myths, environmental risks and alternatives. Food First Books, Oakland.
- Altieri, M.A. y C. I.Nicholls 2004 Biodiversity and pest management in agroecosystems. Haworth Press, New York.
- Donald, P.F. 2004 Biodiversity impacts of some agricultural commodity production systems. Conservation Biology 18:17-37.
- Fearnside, P.M. 2001 Soybean cultivation as a threat to the environment in Brazil. Environmental Conservation 28: 23-28.
- James, C 2004. Global review of commercialized transgenic crops: 2004.
- International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Application Briefs No 23-2002. Ithaca , New York.
- Jason, C. 2004 World agriculture and the environment. Island Press. Washington.
- Jordan, J.F. 2001 Genetic engineering, the farm crisis and world hunger. BioScience 52: 523-529.
- Paruelo, J.,Guerscham, J. y Veron, S. 2005. Expansion agrícola y cambios en el uso del suelo. Ciencia Hoy. Vol 15. N 87. Buenos Aires.
- Pengue, W.A.2005 Transgenic crops in Argentina: the ecological and social debt. Bulletin of Science, Technology and Society 25: 314-322.
- Pengue, W.A. 2005 b). Agricultura industrial y transnacionalización en América Latina. ¿la transgénesis de un continente? PNUMA UNEP. México.
- Rissler, J y M. Mellon 1996 The ecological risks of engineered crops . MIT Press, Cambridge, Mass.
*Miguel A. Altieri: University of California, Berkeley,
Walter A. Pengue: Universidad de Buenos Aires, Argentina